Pion & Click - Du jeu de société au jeu vidéo

 

Découvrez 11 jeux de société adaptés en jeux vidéo et vice-versa. Que devient un jeu lorsqu'il passe d'un support ludique à un autre ?

Jeux traditionnels : les Echecs, le  Go et le Mahjong


Mah-JongLes Echecs, le Go et le Mahjong, trois des plus grands jeux traditionnels mondiaux, ont été rapidement adaptés en jeux vidéo. Les versions vidéoludiques des échecs  respectent fidèlement les règles traditionnelles, permettent de s'entraîner contre des intelligences artificielles de plus en plus sophistiquées, et devient même un classique des petits jeux installés d'office sur les ordinateurs du commerce.
Le Go, bien moins connu en occident, bénéficie de moins d'adaptations. L'intelligence artificielle est plus difficile à programmer, car les choix possibles à chaque tour sont plus nombreux que pour les échecs. Les jeux vidéo de  Go  n'ont pas souvent d'intelligence artificielle, et proposent plutôt à deux joueurs humains de s'affronter, comme avec le plus célèbre serveur de jeu en ligne (KGS Go Server).

MahJongLe Mahjong connait de nombreuses adaptations, notamment en petits jeux sur navigateurs internet, mais qui ne correspondent absolument pas au jeu traditionnel ! Le jeu vidéo Mahjong consiste souvent à retrouver des paires de symboles identiques pour déconstruire petit à petit une pile de tuiles. Le jeu traditionnel tient plutôt du jeu de carte : 4 joueurs s'affrontent en gérant le hasard des tuiles piochées (les serveurs MahJong Time permettent de jouer au véritable jeu). Preuve sûrement d'une méconnaissance de la culture orientale, la version vidéoludique du Mahjong, populaire en occident, est souvent assimilée à sa version traditionnelle.

Monopoly


MonopolyJeu de société (Charles B. Darrow, Hasbro, 1935)


L'un des jeux de société les plus populaires : créé en pleine reprise économique après la crise de 1929, le Monopoly illustre la fièvre de l'investissement immobilier : les joueurs achètent des terrains, construisent des immeubles, et récoltent les loyers des joueurs qui s'arrêtent sur leurs propriétés.


MonopolyJeu vidéo (Sur plusieurs consoles et ordinateur, Sculptured Software, 1987)


Adaptation fidèle du jeu de plateau, le jeu vidéo ne propose aucun mécanisme original. Une version de 2006 sur PC autorise même à tricher à ses risques et périls, ce que l'intelligence artificielle n'hésitera pas à faire : ce sont bien les mécanismes du jeu de société (la triche faisant partie intégrante du Monopoly selon certains joueurs !) qui sont repris tels quels dans le jeu vidéo.

Risk


RiskJeu de société (Albert Lamorisse, Jean-René Vernes, Michael I. Levin, 1959)


Probablement le jeu de stratégie le plus populaire, Risk propose un terrain de jeu pour la conquête du monde. A partir de territoires acquis, chaque joueur doit rejoindre ses forces armées pour attaquer ses adversaires, dans des combats simulés aux dés. La possession des continents permet d'obtenir des renforts supplémentaires nécessaires à la victoire.

 

 

Risk

Jeu vidéo (Playstation 1, PC, 1997)


Adaptation fidèle du jeu de société, le jeu vidéo propose un mode classique qui reprend les règles du jeu de plateau. Mais dans un second mode, Risk Extreme, les combats ne sont plus simulés par le hasard des dés, mais joués à l'aide de cartes tactiques qu'il faut utiliser avec parcimonie. La prise en compte de la nature des terrains et la minimisation du hasard en font un jeu plus stratégique que ce qu'aurait été une simple reproduction du jeu de plateau.

Comme en réponse, on pourrait voir dans Risk Legacy,  jeu de société  sorti en 2011, une reprise de mécanismes issus du monde du jeu vidéo : le vainqueur d'une partie prodigue un bonus permanent à une armée, ou donne un nom définitif à un continent acquis, ce qui fait de Risk Legacy un jeu de société à "univers persistant" (terme tiré des jeux vidéo multijoueurs dans lesquels l'univers "persiste", existe et évolue même lorsque les joueurs se déconnectent individuellement du jeu).

Dungeon & Dragons


Dungeon & DragonsJeu de rôle (David Arneson, Ernest Gary Gygax,  Tactical Studies Rules, 1974)


Premier jeu de rôle qui inaugura un nouveau loisir, le jeu de rôle "papier-crayon", Dungeon & Dragons est le descendant des wargames (jeux de figurines) d'inspiration napoléonienne. Un maître du jeu fait jouer un scénario oral interactif à des joueurs qui incarnent des aventuriers dans un monde imaginaire. Dungeon & Dragons a inspiré de nombreux jeux vidéo, ne serait-ce que par son univers médiéval fantastique issu du  Seigneur des Anneaux  (J.R.R Tolkien), et en particulier l'ensemble du genre "RPG" (Rôle Playing Game, Jeu de rôle) dont la série des  Elder Scrolls (Morrowind en 2002,  Oblivion en 2006,  Skyrim en 2011) est un bon exemple, et dont les MMO-RPG (Jeu de rôle en ligne "massivement multijoueurs") tels que World of Warcraft (2005) sont les descendants.


Baldur's GateJeu vidéo (Baldur's Gate,  PC, BioWare, 1999)


Baldur's Gate est cependant le portage le plus fidèle, qui fait explicitement référence au jeu de rôle papier : le joueur crée un avatar, puis part à l'aventure lors de laquelle une grande variété de possibilités lui sont offertes. Considéré comme un véritable jeu de rôle au scénario profond et travaillé, Baldur's Gate applique exactement les règles du jeu papier (en particulier les tables de simulation, bien que l'aspect oral, narratif et social disparaisse au profit d'un jeu en solitaire). Les adaptations de  D&D  seront par la suite nombreuses sur PC : Planescape:Torment  (2000), Icewin Dale (2000), Neverwinter Nights (2002), De même que celles d'autres jeux de rôle, comme Vampire : la Mascarade (2000).

Blood Bowl

 

Blood BowlJeu de société (Jervis Johnson, Games Workshop, 1986)


Dans cette simulation de football américain, l'équipe que chaque joueur dirige n'est pas composée de sportifs ordinaires, mais de violents guerriers sanguinaires. A la frontière du jeu de figurines et du jeu de plateau, Blood Bowl revisite la vision traditionnelle du sport.

Chaos League

Jeu vidéo (Chaos League, PC, Cyanide, 2004)


Grandement inspiré du jeu de société, ce premier portage propose une progression des joueurs avec un système d'expérience. Alors que le jeu de plateau laissait le temps aux joueurs de préparer leur tour de jeu, le jeu vidéo opte pour le temps réel : les décisions doivent être prises dans le feu de l'action (bien qu'il soit possible de mettre le jeu en "pause active"). Et puisque les coups bas sont permis, il n'est pas rare de voir son joueur favori se faire brûler vif par une boule de feu alors qu'il remontait vers la ligne de touchdown adverse. Une nouvelle adaptation au titre éponyme, Blood Bowl, voit le jour en 2009.

Warhammer 40,000

 

WarhammerJeu de figurines (Rick Priestley, Games Workshop, 1987)


C'est le jeu de figurines en escarmouche (wargame) de référence. Les joueurs contrôlent des armées qui s'affrontent sur des reconstitutions de décors semés d'obstacles, en calculant précisément le mouvement, la visibilité et la portée de tir des figurines. 

Warhammer

 

Jeu vidéo (Warhammer 40.000 : Dawn of War, PC, Relic Entertainment, 2004)


Pour un jeu très matérialisé dont le plaisir repose en grande partie sur la minutieuse accumulation, la peinture et l'entretien de la collection de figurines, le portage vidéoludique peut surprendre. Le jeu vidéo propose en effet un mode "créateur d'armée" qui permet de "peindre" ses guerriers de la manière dont on le désire, mais l'activité reste très éloignée de la fine peinture des figurines réelles. Le jeu consiste en outre à jouer les escarmouches en temps réel, contrairement au tour par tour du wargame : le jeu vidéo transforme l'expérience du jeu, qui abandonne les choix stratégiques de sang-froid pour des décisions prises dans le feu de l'action.

Magic

 

MagicJeu de cartes à collectionner (Magic: The Gathering, Richard Garfield, Devin Low et autres, Wizards of the Coast, 1993)

Magic inaugure un nouveau type de jeu : le jeu de cartes à collectionner. L'essentiel du jeu consiste à construire son deck (ensemble de cartes) pour pouvoir affronter un adversaire. L'entretien d'une collection personnelle de cartes (il en existe plus de 17 000 différentes) est alors un objectif en soi.

MagicJeu vidéo (Magic: The Gathering, PC, Microprose, 1997)


Le premier portage de Magic est une simple adaptation du jeu de carte. Ces dernières années, le jeu de cartes à collectionner a connu un second souffle dans le jeu vidéo, sous la forme des  free to play, ces jeux en ligne en apparence gratuits, dont certaines options payantes deviennent vite indispensables. Applications des réseaux sociaux ou des smartphones, les jeux tels que Urban RivalsYu-Gi-Oh !,  ou Baten Kaitos redonnent ses lettres de noblesse au jeu de carte. Etonamment, la contemplation de sa collection de cartes virtuelle fascine tout autant que son pendant matériel. Alors qu'il s'agit de l'un des types de jeu les plus "matérialisés", le jeu de cartes à collectionner connait un succès presque équivalent avec le medium dématérialisé qu'est le jeu vidéo qu'avec le jeu physique d'origine.

Confrontation

Jeu de figurines (Jean Bey, Rackham Entertainment, 1996)


Jeu d'escarmouche avec figurines, Confrontation propose de jouer des batailles qui se déroulent dans l'univers imaginaire d'Aarklash, dans la fidèle tradition des wargames. 

Confrontation

Jeu vidéo (PC, Cyanide, 2012)

Ici, c'est le monde du jeu vidéo qui vient consacrer un jeu de société : la société Rackham Entertainment, liquidée en 2009, fait disparaître du marché Confrontation et ses figurines.  Cyanide  acquiert alors les droits du jeu, confie l'exploitation des figurines à  Legacy Miniatures, et développe le jeu vidéo éponyme. Les mécanismes sont calqués sur le jeu de plateau : seule une voix off ajoute un aspect narratif propre au jeu vidéo, mais Confrontation reste dans l'ensemble un jeu d'escarmouche.

Dungeon Twister

 

Dungeon TwisterJeu de société (Christophe Boelinger, Asmodée, 2004)


Jeu hybride entre un wargame et un jeu d'échecs, Dungeon Twister propose à deux joueurs de s'affronter dans un labyrinthe mécanique truffé de pièges. Chaque joueur contrôle une équipe de 8 aventuriers et doit élaborer sa stratégie : les multiples façons de gagner la partie (s'échapper du labyrinthe, emporter le coffre au trésor, tuer ses ennemis...) renouvellent le plaisir de jeu.

Dungeon Twister

Jeu vidéo (PS3 et Xbox 360, Hydravision Entertainment, 2012)


Le jeu vidéo Dungeon Twister fait partie de ces créations qui ne cachent pas leur origine matérielle : les personnages évoluent sur un plateau, le jeu se joue au tour par tour... L'intérêt réside surtout dans la communauté en ligne, qui permet d'affronter d'autres joueurs sans avoir à sortir de son salon.

Les Aventuriers du Rail

 

Les aventuriers du railJeu de société Alan R. Moon, Days of Wonder, 2004)

Les joueurs incarnent des compagnies de chemin de fer, et tentent de prendre le contrôle du réseau ferré qui relie les différentes villes des Etats-Unis d'Amérique au début du XXème siècle. On tire des cartes wagon pour construire une ligne lorsque plusieurs wagons de même couleur sont assemblés. Populaire et accessible à un large public,  Les Aventuriers du Rail  rassemble toutes les générations avec un judicieux mélange de hasard et de stratégie.

Les aventuriers du rail

Jeu vidéo (Tablettes et smartphones, 2011)

Sa version vidéoludique appartient à la génération des jeux de plateau transposés sur tablette tactile. Le portage sur ce nouveau médium ressemble bien plus aux jeux de société que les jeux vidéo traditionnels (la tablette ressemble à un plateau, on peut y jouer sur une table et à plusieurs...) tout en modifiant profondemment l'expérience de jeu. En effet, la tablette permet de jouer rapidement sans avoir à faire la lente et minutieuse mise en place du jeu de plateau, de laisser l'ordinateur gérer le calcul des points, de s'entraîner contre une intelligence artificielle ou d'affronter des joueurs du monde entier sans avoir à se déplacer physiquement, de comprendre intuitivement les règles (grâce à la surbrillance des actions possibles et aux didacticiels) sans avoir à lire de manuel, de tester le jeu avant un éventuel achat du jeu de société, de bénéficier des animations en image de synthèse... D'autres jeux de société connaissent le même type d'adaptation : Small World (Philippe Keyaerts, 2009 / 2010 pour le jeu vidéo), Les Colons de Catane (Klaus Teuber, 1997 / 2011 pour le jeu vidéo), Neuroshima Hex (Michal Oracz, 2006 / 2012 pour le jeu vidéo), etc.
L'adaptation sur tablette est donc paradoxalement ce qui s'approche le plus du medium original (aspect tactile du jeu et jeu sur un "plateau"), contrairement aux jeux vidéo sur ordinateur ou console qui adaptent tous les mécanismes de jeu au medium : le temps réel plutôt que le tour par tour, la vue subjective plutôt qu'une vue d'ensemble qu'offre le plateau, etc.

Krosmaster Arena (Ankama, 2012)

Krosmaster ArenaSymptôme des allers et retours constants entre jeu de plateau et jeu vidéo, Krosmaster Arena est sorti simultanément en jeu de société et en jeu vidéo en ligne. Les deux versions constituent le même jeu, sous la forme d'un plateau (une arène) où s'affrontent les personnages de la série télévisée et du jeu vidéo Wakfu  (2012), eux-mêmes issus du MMORPG Dofus (2004). La licence d'Ankama mêle alors tous les media : télévision, jeu vidéo et jeu de figurines, preuve des possibilités de portage multiples.